Jack Skille à l'interview
26/11/2018
L’Américain Jack Skille est l’un des piliers offensifs du Genève-Servette HC et entend bien remporter la Coupe (et bien d’autres titres encore) avec les Grenats. Nous nous sommes entretenus avec lui sur la vie de joueur de hockey sur glace, sur la Swiss Ice Hockey Cup et l’attrait de cette compétition et sur la vie en dehors des patinoires.
Jack Skille, vous êtes à Genève depuis début octobre. Comment se passe votre intégration jusqu’ici ?
Les six semaines depuis mon arrivée ici ont été fantastiques. Le staff, l’entraîneur Chris McSorley, mes coéquipiers, les bénévoles du club, tous m’ont accueillis à bras ouverts et très chaleureusement. Je vous l’avoue, durant toute ma carrière, je n’avais encore jamais joué dans un club avec une si bonne alchimie entre tous les joueurs. Nous nous entendons très bien sur et hors de la glace. Récemment, j’ai d’ailleurs visité Zermatt avec Tanner Richard et Dan Winnik pour admirer le panorama alpin !
Vous avez été engagé suite aux blessures en début de saison des deux étrangers initiallement prévus au GSHC, Lance Bouma et Tommy Wingels. Où avez-vous effectué la préparation pour la saison ?
J’étais à Ottawa, où j’ai participé au camp d’entraînement des Senators. J’étais donc très bien préparé au niveau physique. J’espérais décrocher un contrat en NHL, mais d’excellents jeunes joueurs étaient également en lice et je me suis vite rendu compte que ça ne marcherait probablement pas. Etant donné que j’avais déjà eu des contacts avec Chris McSorley avant le camp d’entraînement et que j’ai toujours voulu jouer en Suisse, les choses se sont concrétisées assez rapidement par la suite.
A Vancouver, vous avez évolué aux côtés de Sven Bärtschi et Luca Sbisa et vous avez joué avec Reto Berra à Colorado. Aviez-vous déjà parlé avec eux à propos de notre championnat ?
Bien entendu. Et je connais d’autres joueurs nord-américains qui jouent ou qui ont joué en Suisse. Par exemple, lorsque j’ai parlé de la National League avec Drew Shore il y a quelque temps, il ne pouvait cacher son enthousiasme. On dort dans son propre lit toutes les nuits, le niveau de jeu est excellent et la qualité de vie est difficilement égalable. Et ça, c’est un luxe inestimable.
Comment vous décririez-vous en tant que joueur ?
J’ai toujours été un travailleur acharné. Si je ne travaille pas assez sur moi-même et si je ne donne pas le maximum, je nuis à l’équipe. En NHL, j’ai dû me battre pour chaque minute de glace. J’ai souvent joué en troisième ou quatrième ligne, où l’accent est mis sur le jeu physique bien plus que sur la créativité. J’ai dû adapter mon style de jeu, qui était plutôt créatif, afin de remplir mon rôle au sein de l’équipe. Ici en Suisse, mon style de jeu est bien différent. Le coach m’accorde plus de libertés et l’on attend de moi que je marque des points. Ceci me correspond. Je peux mettre ma qualité de tir et ma vitesse au service de l’équipe. Ce qui ne signifie pas que je m’entraîne moins dur ! Je suis toujours très critique envers moi-même et je donne toujours 100%, que ce soit à l’entraînement, dans la salle de musculation ou durant les matchs.
Suite à une bonne entame de saison, Genève-Servette a connu une période de flottement et a glissé sous la barre. Que faut-il mettre au point afin que les Grenats gagnent à nouveau plus de matchs ?
Travailler dur, c’est la base de tout. Mais ceci ne fonctionne que si l’on travaille dur tous les jours. Lors des dernières défaites, nous nous sommes mis en difficultés nous-mêmes car nous avons par moments perdu de vue cette mentalité de travailleurs. Dans chaque championnat, et notamment dans un championnat équilibré et de bonne qualité comme l’est la National League, de tels moments d’égarement suffisent pour perdre un match. Nous allons en tirer les leçons, comme on a déjà pu le constater lors de notre victoire aux Vernets contre Ambrì (Ndlr : Genève a marqué quatre buts durant les cinq dernières minutes de jeu, pour finalement se défaire du HCAP sur le score de 6:4).
Le 27 novembre, vous jouerez les quarts de finale de la Swiss Ice Hockey Cup. Qu’est-ce qui rend la Coupe si intéressante selon vous ?
C’est simple : Il faut gagner. It's win or die. Au cours d’une longue saison régulière, il peut arriver que la motivation ne soit pas vraiment au rendez-vous pour l’un ou l’autre match. Il faut alors faire un effort particulier. En Coupe, ceci n’arrive pas. Chaque équipe est motivée à bloc. Ceci est d’autant plus vrai pour les équipes des ligues inférieures, où les joueurs sont capables de se surpasser.
Vous serez opposés aux SCL Tigers en quarts de finale. Comment le GSHC peut-il remporter ce match dans l’Emmental ?
Le staff nous transmettra les directives tactiques précises peu avant le match. Mais le travail de fond pour viser la victoire a d’ores et déjà débuté. Nous devons nous améliorer jour après jour lors de l’entraînement, travailler encore plus dur.
Nous avez joué pour neuf clubs différents ces huit dernières années, Genève-Servette y compris. Aimez-vous cette vie de nomade ou préféreriez-vous jouer dans la même équipe durant plusieurs années ?
Ce serait vraiment bien, mais en tant que joueur, il n’est pas toujours possible de contrôler et de décider où l’on jouera par la suite. Les décisions sont parfois difficiles à prendre et les changements de clubs constants se répercutent sur le physique et le mental. On est loin de la famille, il est difficile de maintenir les amitiés… Mais c’est notre métier et, en tant que joueur, je dois l’accepter et me donner à 100% tous les jours afin de devenir meilleur.
C’est un défi de taille…
Tout à fait. Les supporters ont tendance à l’oublier et pensent que la vie de hockeyeur n’est que du plaisir. Bien sûr que c’est du plaisir, et je suis fier de ma carrière, mais il y a également des aspects plus difficiles. Il est d’ailleurs intéressant de constater que les moments difficiles ont un effet bénéfique : Ils m’ont permis de devenir un joueur fort sur le plan mental et de progresser au niveau humain.
Qui est Jack Skille hors de la glace ?
Un mec tout à fait normal (il rit). J’aime beaucoup les randonnées dans la nature. Durant la saison de hockey, je me repose souvent à la maison : Je cuisine un bon petit plat, je lis des textes qui me font avancer au niveau humain et spirituel, j’aime aller au cinéma. Je souhaite devenir plus mûr et partager mon bonheur avec d’autres.
Est-ce cela qui vous a poussé à mettre sur pied la « Jack Skille Hockey Academy », un camp d’été de hockey sur glace destiné aux enfants et aux adolescents ?
Exactement. Les camps de hockey ont lieu dans l’état du Wisconsin, où vit ma famille. J’ai réfléchi à ce que je pouvais faire pour ma « patrie ». J’ai été surpris par le plaisir que je prends à coacher de jeunes joueurs on-ice et off-ice. Je pense qu’il est essentiel de transmettre ses connaissances et ses expériences aux jeunes et j’espère pouvoir ainsi y contribuer modestement.
Jack Skille :
Né en 1987 à Madison dans le Wisconsin, Jack Skille, tir à droite, privilégie la position d’ailier. En tant que junior, il a remporté les CM U18 avec les Etats-Unis en 2005 et le bronze en 2007 avec l’équipe nationale U20. Durant sa carrière professionnelle, il a joué 374 matchs en NHL (85 points), 230 parties en AHL (163 points) et a été nommé dans l’all-star team AHL en 2010. Skille a fait partie de l’équipe des Chicago Blackhawks de 2010, qui a remporté la Coupe Stanley. Blessé durant les play-off, l’organisation lui a toutefois remis une bague. Jack Skille évolue pour le Genève-Servette HC depuis octobre 2018.